Pourquoi remplacer le sucre par des édulcorants basses calories ?
Lorsqu’ils sont utilisés à la place du sucre, les édulcorants basses caloriespermettent de réduire l’apport énergétique, favorisant ainsi une perte de poids modeste, mais significative. Pourtant, leur rôle fait encore débat. Certaines études d’observation ont mis en évidence une association entre consommation d’édulcorants et obésité, conduisant parfois à des conclusions erronées selon lesquelles ces produits favoriseraient la prise de poids.
Il est important de rappeler que les études d’observation ne permettent pas d’établir un lien causal. Cette association retrouvée dans ce type d’études s’explique en grande partie par le fait que les personnes en surpoids ou atteintes de diabète de type 2 cherchent plus souvent à réduire leur consommation de sucre et se tournent donc vers des alternatives sans sucres ajoutés.
Par contre, la présente étude baptisée SWEET (Sweeteners and Sweetness Enhancers: Prolonged Effects on Health, Obesity and Safety ») se distingue précisément par son haut niveau de preuve, puisqu’il s’agit d’un essai randomisé contrôlé, le standard de référence en recherche clinique.
Une étude majeure sur le poids et le microbiote intestinal
L’étude SWEET, publiée dans la revue Nature Metabolism, a évalué l’impact à long terme des édulcorants basses calories et d’exhausteurs de goût sucré* sur le poids corporel et le microbiote intestinal chez les personnes en surpoids ou obèses.
Méthodologie :
- 341 adultes et 38 enfants en surpoids ou obèses.
- Phase initiale pour les adultes : 2 mois de restriction énergétique avec un objectif de ≥ 5 % de perte de poids
- Phase de maintien de 10 mois pour les participants ayant atteint l’objectif : répartition aléatoire en deux groupes :
- Groupe édulcorants (140 participants) : remplacement du sucre des aliments et boissons par des édulcorants basses calories
- Groupe contrôle (137 participants) : absence d’édulcorants
- Dans les deux groupes, les sucres ajoutés devaient rester à moins de 10 % de l’apport énergétique total jusqu’au terme.
Une reprise de poids significativement plus faible
Après les 2 mois de perte de poids, les participants avaient perdu en moyenne 10 kg, soit environ 10 % de leur poids corporel.
Au cours de la période de stabilisation, les participants ont progressivement repris du poids, ce qui est généralement le cas après une période de perte de poids. Tous ont cependant maintenu une perte de poids supérieure à 5 % de leur poids corporel, mais avec une différence entre les deux groupes : la reprise de poids s’est avérée significativement plus faible dans le groupe consommant des édulcorants que dans le groupe contrôle :
Après 1 an :
- Groupe édulcorants : –7,2 kg maintenus
- Groupe contrôle : –5,6 kg maintenus
- Différence : +1,6 kg en faveur du groupe édulcorants
Par ailleurs, les apports en sucres ont été réduits de moitié dans le groupe édulcorants, par rapport à l’autre groupe, confirmant l’efficacité réelle de la substitution.
Des effets favorables sur le microbiote intestinal
Pratiquement tout ce que nous consommons influence le microbiote intestinal. La question clé n’est donc pas de savoir s’il est modifié, mais si ces modifications sont bénéfiques ou délétères. C’est un point que les chercheurs ont également examiné dans cette étude.
Résultat : ils ont constaté, dans le groupe « édulcorants », des changements microbiens intestinaux qui sont plutôt favorables.
En effet, les scientifiques ont observé notamment une plus grande abondance de bactéries productrices d’acides gras à chaîne courte, qui sont associés à une meilleure régulation métabolique. Pour les auteurs, cet effet sur le microbiote pourrait d’ailleurs contribuer à expliquer les meilleurs résultats obtenus sur le maintien de la perte de poids. Aucun effet de dysbiose (déséquilibre du microbiote intestinal, comme une diminution des « bonnes » bactéries, une augmentation des « mauvaises » bactéries, et/ou une diminution de sa diversité) et aucun effet cardiométabolique n’est apparu avec l’utilisation des édulcorants.
Des preuves solides à prendre en compte
Cette étude, qui représente à ce jour un des plus importants essais randomisés contrôlés, apporte donc des preuves robustes et de qualité en faveur d’un rôle bénéfique de l’utilisation prolongée des édulcorants basses calories dans la gestion du poids.
Ces résultats questionnent la recommandation conditionnelle de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) publiée en 2023, qui déconseillait l’utilisation d’édulcorants pour le contrôle du poids, et en évoquant un risque cardiométabolique potentiel.
Au contraire, cette recherche montre bel et bien que l’intégration d’édulcorants basses calories dans une alimentation saine et pauvre en sucre :
- favorise le maintien de la perte de poids
- n’altère pas la santé cardiométabolique
- n’altère pas le microbiote intestinal
Dans la même édition, les spécialistes Sarah Schmitz et Louis Aronne (Comprehensive Weight Control Center, Division of Endocrinology, Diabetes & Metabolism, Weill Cornell Medicine, New York), commentent la portée de cette découverte dans un article intitulé « The SWEET spot for weight maintenance »:
« L’essai SWEET confirme que le remplacement du sucre par des édulcorants et exhausteurs de goût sucré dans les aliments et les boissons peut favoriser le maintien du poids et ne semble pas nuire à la santé cardiométabolique sur une période d’un an ».
* Les exhausteurs de goût sucré sont des substances qui ne possèdent pas de saveur sucrée propre à faible dose, mais qui ont la capacité d’amplifier la perception du sucre déjà présent dans un aliment ou une boisson. Certains, comme la thaumatine et la néohespéridine DC, sont malgré tout classés parmi les édulcorants dans la réglementation européenne.
