Remplacer les boissons light/zero par de l’eau : l’étude « SODAS »
Cette étude, publiée dans la prestigieuse revue scientifique Diabetes Care (revue officielle de l’American Diabetes Association), a été baptisée « SODAS ». Non pas parce qu’elle est financée par l’industrie des boissons rafraîchissantes – elle a été entièrement financée par le National Institute of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases (National Institutes of Health) – mais parce que c’est l’acronyme de « Study of Drinks with Artificial Sweeteners in People with T2D ». Elle a été menée par des chercheurs de l’Université de Californie à Irvine et de l’Université du Minnesota à Minneapolis selon un protocole rigoureux. Ils voulaient voir dans quelle mesure il était préférable, pour des personnes avec un diabète de type 2, de boire de l’eau plutôt que des boissons light/zero sans sucres. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils ont été surpris par les résultats…
24 semaines pour suivre l’évolution de la glycémie
Dans cette étude1, 181 adultes avec un diabète de type 2 et consommateurs réguliers de boissons light/zero sans sucres ont été répartis de façon randomisée en deux groupes : l’un continuait sa consommation habituelle de boissons light/zero sans sucres (groupe contrôle), l’autre remplaçait les boissons light/zero par de l’eau (gazeuse ou plate, mais non aromatisée).
La consommation journalière était de 24 onces (environ 710 ml) de boissons light/zero sans sucres. Cette intervention a duré 24 semaines, le temps d’avoir une vue sur l’évolution des paramètres clés. 179 personnes ont terminé l’étude, ce qui est un taux élevé pour ce type d’investigations.
Contrairement à l’hypothèse de départ des chercheurs, à savoir qu’il serait meilleur de passer à l’eau, il n’y a eu aucune amélioration des marqueurs du taux de sucre dans le sang chez les personnes ayant remplacé les boissons light/zero sans sucres par l’eau. Au contraire, il y a même eu une légère augmentation du principal marqueur suivi : l’hémoglobine glyquée, qui reflète le taux de sucre dans le sang au cours des 3 derniers mois. Elle est passée de 7,20 % à 7,44 % dans le groupe assigné à l’eau (alors qu’elle a très légèrement diminué dans le groupe boissons light/zero, passant de 7,19 % à 7,14 %).
Des résultats qui ne corroborent pas les recommandations actuelles
Même tendance pour d’autres marqueurs de la glycémie. Ainsi, le taux de fructosamine – qui reflète la glycémie moyenne au cours des 2 à 3 semaines précédentes – n’a pas changé dans le groupe boissons light/zero, et il a même légèrement augmenté dans le groupe « eau », avec une différence moyenne de 6,22 µMol/l. Le taux moyen de glucose mesuré à jeun au cours des 24 semaines est passé de 147,5 mg/dl à 149,2 mg/dl dans le groupe boissons light/zero et de 147,6 mg/dl à 153,7 mg/dl dans le groupe « eau », soit ici aussi, une évolution moins favorable pour l’eau.
Les auteurs relèvent également que le poids est resté stable dans le groupe « eau », alors qu’il a légèrement diminué dans le groupe boissons light/zero : la différence moyenne du changement est estimée à 1,11 kg par rapport au groupe « eau ».
Les auteurs concluent en toute logique que leurs résultats suggèrent que chez les personnes diabétiques qui consomment habituellement des boissons light/zero sans sucres, les remplacer par de l’eau n’améliore aucune mesure clinique liée à la glycémie ou au poids au cours de 24 semaines. Et que contrairement à leur hypothèse, les patients qui ont remplacé les boissons light/zero par de l’eau ont même une augmentation de l’hémoglobine glyquée qualifiée de « cliniquement et statistiquement significative ».
Ils déclarent que les résultats sont contraires à l’hypothèse et ne corroborent pas les recommandations actuelles en matière de thérapie nutritionnelle médicale et d’alimentation pour les personnes atteintes de DT2.
Une étude majeure avec une couverture médiatique mineure
Bizarrement, cette étude pourtant très solide d’un point de vue scientifique, et dont les résultats sont importants, surtout pour de nombreuses personnes avec un diabète de type 2, n’a pas fait les grands titres dans les médias (alors que de nombreuses études alarmistes, nettement moins solides, le font facilement).
Dans un article sur le site de Vie Associative2, le rédacteur Julien s’en étonne : « Cette étude, pourtant solide, n’a presque pas été médiatisée, contrairement aux études suggérant que les édulcorants sont mauvais pour la santé, et dont les preuves ne sont jamais très solides ». Il s’est entretenu avec un célèbre épidémiologiste : Gidean Meyerowitz-Katz, de l’Université de Wollongong (Australie), spécialisé dans le diabète. Ce dernier déclare, à propos de cette étude à laquelle il n’a pas participé : « C’est bien plus solide que la plupart des données scientifiques qui bénéficient d’une couverture médiatique ». Et d’ajouter, pour conclusion, qu’au pire, il n’y a aucune différence entre les boissons light/zero sans sucres et l’eau lorsqu’il s’agit de contrôler le diabète. Au mieux, les boissons light/zero pourraient être légèrement meilleures.
- Odegaard A O et al. Diabetes Care 2026;49(2):239-246. https://doi.org/10.2337/dc25-1516
- Vie Associative, 23 janvier 2026. Lien vers l’article
