FAITES LE TEST !

« Réduire le fossé entre la science et la politique »

C’est ce qu’écrivent le recteur Herwig Leirs et le vice-recteur Maarten Weyn de l’Université d’Anvers dans une tribune publiée dans De Standaard le 22 août. Ils citent notamment les rapports prévisionnels concernant l’incendie de forêt dans les Hautes Fagnes et les inondations de juillet 2021, qui n’ont donné lieu à aucune alerte de la population, et encore moins à des décisions politiques. Bien que leur tribune ne traite pas du fossé entre la politique et la science de la nutrition, j’observe exactement le même phénomène dans ce domaine.

reduire-fosse-entre-science-et-politique

Experte en nutrition et auteure, la diététicienne-nutritionniste Lut Van Lierde décrypte, en s’appuyant sur les données scientifiques les plus récentes, nos préférences alimentaires et leur impact sur la santé.

Trois obstacles

Les auteurs attribuent ce fossé à trois obstacles sur le chemin menant de la connaissance à la décision.

Tout d’abord, ils font leur autocritique. En tant que scientifiques, et donc aussi en tant que professionnels de la santé, nous publions principalement pour nos pairs. Les recommandations concrètes débouchant sur des discussions multidisciplinaires et, par la suite, sur des décisions politiques font généralement défaut.

Comme deuxième obstacle, ils voient l’horizon temporel, c’est-à-dire la difficulté d’une politique de prévention. Ce qui ne se produit pas ne fait pas la une. Pour simplifier, la science de la nutrition étudie les effets, le plus souvent à long terme, de l’alimentation sur notre santé et notre bien-être. C’est également une science où les liens de causalité et les résultats immédiatement perceptibles sont difficiles à démontrer. « Mieux vaut prévenir que guérir » s’avère donc plus difficile qu’il n’y paraît.

Le troisième obstacle évoqué par les auteurs est typiquement belge : les compétences, et par conséquent les budgets, sont répartis entre les ministères régionaux et fédéraux. C’est notamment le cas en matière de politique de santé, où les soins préventifs relèvent de la compétence régionale tandis que les soins curatifs sont gérés au niveau fédéral. En raison de cette fragmentation des compétences et des moyens, il est moins évident de savoir à qui s’adresser ou qui assume la responsabilité finale d’une question de santé donnée.

Le résultat ? Une cacophonie

Il n’est donc pas étonnant que les pouvoirs publics ne parviennent pas à communiquer de manière cohérente lorsque de nouvelles informations issues de la recherche nutritionnelle sont publiées. Prenons l’exemple des édulcorants.

Depuis des années, la surconsommation de sucres (ajoutés) est dénoncée par des organismes tels que l’OMS comme un problème de santé publique. Les boissons sucrées constituent l’une des principales sources de sucres ajoutés ; on pourrait donc s’attendre à ce que les boissons « zéro » constituent une alternative pour les amateurs de sodas. Pourtant, les débats sur la sécurité et l’efficacité des édulcorants basses calories font toujours rage.

Lors du premier forum latino-américain sur les édulcorants, des experts internationaux ont appelé à une politique de santé publique fondée sur des données scientifiques. Celles-ci montrent généralement que le remplacement du sucre par des édulcorants est bénéfique pour la santé. Plus précisément, des études randomisées contrôlées indiquent systématiquement que ce remplacement a des effets neutres à légèrement bénéfiques sur le poids, la glycémie et les facteurs de risque de maladies cardiovasculaires.

Ensemble, nous faisons la différence

En tant que professionnels de la santé, nous pouvons faire plus que simplement constater que les informations diffusées sur l’alimentation ne sont pas toujours exactes ou n’aident pas toujours le consommateur à adopter un comportement préventif. La connaissance, c’est le pouvoir, mais si elle n’est pas traduite en actions concrètes, elle reste lettre morte. Nous pouvons commencer à faire entendre notre voix plus régulièrement. Sortons de notre tour d’ivoire et donnons une voix au magnifique travail accompli par les chercheurs. Ensemble, faisons la différence.

photo-lut

Qui est Lut Van Lierde ?

Lut Van Lierde est diététicienne-nutritionniste (Institut Paul Lambin – HE Vinci) et auteure du livre « Ligne », publié chez Soliflor. Elle a travaillé auparavant pendant 20 ans comme cadre dans l’industrie alimentaire.

Lut Van Lierde exerce en tant que diététicienne clinique dans son cabinet à Bruxelles, où elle a développé sa méthode « Nutrition Sensitive ». En tant que diététicienne indépendante, elle conseille des entreprises, notamment Le Pain Quotidien, pour lequel elle a établi les « Better Choice Criteria » qui indiquent les choix les plus sains sur le menu. Elle aime rendre la science nutritionnelle passionnante et accessible.

Une citation d’elle : « Traduire les informations scientifiques en assiette est le minimum olympique pour un diététicien. »

Des questions sur le diabète ? Un poids sain relève du défi ? Ou tout simplement besoin d’inspiration pour manger moins sucré ?