FAITES LE TEST !

Limiter le sucre, oui mais faut-il bannir le goût sucré ?

L’exposition au goût sucré nous inciterait à manger encore plus d’aliments sucrés, à consommer davantage de calories et, par conséquent, à prendre du poids. Cette idée est non seulement largement répandue chez les patients, mais plusieurs organismes de santé publique recommandent également de limiter l’exposition au goût sucré.

limiter-le-sucre-oui-mais-faut-il-bannir-le-gout-sucre

Ce ne sont pas seulement les boissons et les aliments sucrés qui sont visés, mais aussi ceux édulcorés avec des édulcorants basses calories. Cependant, aucune donnée d’intervention à long terme n’était disponible pour étayer ces recommandations.

Une étude d’intervention randomisée chez l’humain

L’étude SWEET TOOTH1 visait à vérifier si cette hypothèse est correcte et si différents niveaux d’exposition au goût sucré ont une influence sur notre préférence pour le sucré, sur notre apport calorique, notre poids corporel et notre santé métabolique. Les universités de Wageningen et de Bournemouth ont collaboré pendant 4 ans à cette étude, qui a recruté 180 adultes en bonne santé. Ceux-ci ont été répartis au hasard en 3 groupes et ont été soumis pendant 6 mois à 3 niveaux d’exposition au goût sucré : faible, moyen et élevé. Ils ont ensuite été suivis pendant 4 mois supplémentaires. La conformité de leur régime alimentaire aux prescriptions a été vérifiée à l’aide d’un rappel alimentaire sur 24 heures, d’une collecte d’urine et d’échantillons sanguins.

Des résultats surprenants

Eva Čad, PhD, première auteure de l’étude, est venue présenter les résultats lors d’une table ronde à Bruxelles. Selon l’hypothèse actuelle, on aurait pu s’attendre à ce que le groupe à faible exposition développe une préférence moindre pour le sucré, et inversement pour le groupe à forte exposition.

Il s’est toutefois avéré qu’aucune différence significative ne s’est développée entre les trois groupes en ce qui concerne la préférence pour le sucré, l’apport énergétique et le poids corporel. La consommation spontanée de sucreries est revenue à son niveau initial dans les trois groupes à l’issue de l’intervention

Pas de lien entre l’exposition et la préférence

Le lien entre l’exposition au goût sucré, la consommation de sucre et le poids corporel n’est donc pas confirmé par l’étude SWEET TOOTH. La conclusion selon laquelle une exposition moindre au goût sucré n’entraîne pas une diminution de l’envie de sucreries, une baisse de l’apport calorique ou une perte de poids est également surprenante.

Faut-il adapter nos recommandations alimentaires ?

C’est bien sûr la question que nous devons nous poser en tant que diététiciens. Selon cette étude, remplacer le sucré par le salé dans le cadre d’un régime isocalorique ne fait aucune différence à long terme. Dr Čad a souligné qu’il existe des stratégies éprouvées pour aider les patients à perdre du poids. Il suffit de penser au remplacement des aliments à haute densité calorique (> 3 kcal/g) par des aliments à faible densité énergétique2 (< 1 kcal/g) et à l’ajustement de la taille des portions. Et au vue de la préférence innée pour le goût sucré observée par l’étude, si nous pouvons en outre utiliser des édulcorants sucrés et basses calories, c’est sans doute une bonne nouvelle.  

1. Wageningen University & Research, Bournemouth University, publié dans The American Journal of Clinical Nutrition (Čad et al., 2026).
2. Vadiveloo et al., 2017

photo-lut

Qui est Lut Van Lierde ?

Lut Van Lierde est diététicienne-nutritionniste (Institut Paul Lambin – HE Vinci) et auteure du livre « Ligne », publié chez Soliflor. Elle a travaillé auparavant pendant 20 ans comme cadre dans l’industrie alimentaire.

Lut Van Lierde exerce en tant que diététicienne clinique dans son cabinet à Bruxelles, où elle a développé sa méthode « Nutrition Sensitive ». En tant que diététicienne indépendante, elle conseille des entreprises, notamment Le Pain Quotidien, pour lequel elle a établi les « Better Choice Criteria » qui indiquent les choix les plus sains sur le menu. Elle aime rendre la science nutritionnelle passionnante et accessible.

Une citation d’elle : « Traduire les informations scientifiques en assiette est le minimum olympique pour un diététicien. »

Des questions sur le diabète ? Un poids sain relève du défi ? Ou tout simplement besoin d’inspiration pour manger moins sucré ?